Le droit aux vacances

un enjeu majeur

vecteur de cohésion sociale

Tribune

« Nous devons donner à tous les moyens de pouvoir vivre ses vacances en France »

Tribune publiée dans La Croix du 15 juillet 2020

Le plan d’aide au secteur du tourisme est à saluer, il met l’accent et des moyens exceptionnels pour permettre à 250 000 jeunes issus de quartiers prioritaires de la ville et de zones rurales de partir, et prévoit un « chèque tourisme exceptionnel » de 300 € pour 200 000 familles aux revenus modestes qui ne bénéficient pas des aides des caisses d’allocations familiales (CAF), ainsi que pour des agents hospitaliers et médico-sociaux. Mais face à la montée des inégalités, soulignées par la crise, il risque de rester insuffisant.

Le « corps social est épuisé », selon l’expression d’un responsable de l’ANDRH, et nous connaissons tous les profondes inégalités d’accès au départ en vacances.

Le gouvernement privilégie comme hypothèse raisonnable que les Français puissent partir en France en juillet et en août. 75 % des départs en année régulière se font déjà dans notre pays, mais pour soutenir le tourisme tricolore face à la désaffection attendue de près de 10 millions d’étrangers, il faut soutenir et renforcer la demande.

Chaque année, 23 millions de Français ne peuvent partir en vacances, et environ 6 millions de nos compatriotes envisagent cette année de renoncer aux vacances suite à la crise du covid 19. Nous ne pouvons accepter cela.

Pour réussir le double défi de soutenir l’économie touristique dans notre pays (2 millions d’emplois) et le besoin de répit des Français, les incitations doivent être multiples, pour tenir compte en cette année exceptionnelle des besoins particuliers et pour franchir une étape décisive dans la lente démocratisation, inachevée, voire en recul, de l’accès aux vacances pour tous.

Le temps des vacances est un temps de réparation des corps et des esprits face aux effets délétères de la crise sanitaire. Pour ces mamans seules, qui ont vécu enfermées avec leurs enfants (plus d’un million de femmes et deux millions d’enfants), pour les familles qui ont vécu dans des logements exigus, et tous ceux qui ont vécu le confinement isolés (jeunes dans les banlieues, personnes âgées isolées, handicapées…), quel que soit leur statut (précaires, salariés à temps partiel, chômeurs), ou encore ceux qui, malgré le concours du chômage partiel, ont perdu jusqu’à 500 € ces derniers mois, le départ en vacances est plus qu’un droit : une nécessité.

Les organisations signataires, membres du Pacte du Pouvoir de Vivre, souhaitent qu’un dispositif de grande ampleur, s’appuyant sur l’Agence nationale des chèques vacances (ANCV) confortée et renforcée dans son modèle vertueux, relaie et coordonne les propositions qui émanent des pouvoirs publics régionaux et départementaux, pour aider à réduire les inégalités d’accès aux vacances (83% des CSP +, contre 37% des personnes ayant des revenus inférieurs à 1 200 €).

A court terme, il faut affecter des moyens pour coordonner les actions en cours sur tous les territoires, la mobilisation de tous les acteurs des CAF, CSE, militants de l’éducation populaire, de l’éducation nationale et des organisations caritatives engagées dans l’accompagnement des plus fragiles.

A moyen terme, les organisations signataires considèrent qu’il est urgent d’organiser des états généraux du tourisme et de l’accès aux vacances pour tous, afin de construire la transformation écologique, responsable, durable et sociale de ce secteur d’activité.

Il est nécessaire de :

♦ Donner à chacun.e le pouvoir de vivre ses vacances.

♦ Remettre l’exigence de justice sociale au cœur de l’économie touristique et préparer l’avenir du tourisme et de l’accès aux vacances dans le cadre d’une transformation écologique, responsable et durable.

♦ Partager le pouvoir, dans tous les lieux de décisions de cette transformation de l’économie touristique du territoire

Nos organisations s’engagent pour réussir cette transformation.

 

Les signataires

Yves Blein, président, Fédération Léo-Lagrange

Tariq Touharia, président, Fédération des centres sociaux

Joël Roman, président, Ligue de l’enseignement

Véronique Fayet présidente du Secours catholique

Alain Villez, président, Petits Frères des Pauvres

Michèle Demessine , présidente, Unat

Dominique Macaire, président, Vacances et Familles

Patrick Kanner, président de Vacances Ouvertes

Dominique Gillot, présidente PEP

Général Jean François Maruszyczak, directeur Emmaüs

Jacques Durand, président, JPA

Philippe Jahshan, président, Mouvement Associatif

Anne-Marie Harster, présidente, Solidarité Laïque

Alain Rochon, président, APF France Handicap

Thierry Cadart, secrétaire national, CFDT

Philippe Merieux, président, CEMEA

Francis Rol Tanguy, président, Les Petits débrouillards

Frédérick Pairaul, président, Cnajep

Florent Gueguen, directeur, Fédération des Acteurs de La Solidarité

Baudoin de Pontcharra, président Solidarités Nouvelles par le logement

Orlane Francois, Fage

Philippe Wypych, coordinateur national de Vacances, ensemble faisons vivre la solidarité

Lettre au président de la République

 

Copie : Monsieur le Premier Ministre

Paris, le 22 mai 2020

Monsieur le Président de la République,

Nous nous réjouissons que le gouvernement poursuive l’ambition que les vacances soient accessibles à chacun(e). Une ambition aussi indispensable que complexe à mettre en oeuvre compte tenu des données sanitaires. Aussi, attendons-nous un véritable plan-vacances doté des moyens nécessaires.

Nous souhaitons vous faire part de notre préoccupation notamment face au risque que ferait peser l’ouverture du marché des chèques vacances à la concurrence, sur l’aide apportée aux vacances des ménages les plus fragiles et modestes.

Notre collectif associatif (Vacances, ensemble faisons vivre la solidarité !) se mobilise depuis plusieurs années pour que les familles, les jeunes, les enfants, les personnes âgées et/ou isolées vivant dans la précarité puissent partir en vacances.
Dans ce contexte de crise sanitaire, cette mobilisation est encore plus prégnante. Le ressourcement et les vacances sont d’autant plus nécessaires que le confinement a été très difficile à vivre, notamment par les familles et les personnes vivant dans des logements exigus, celles en situation de précarité ou d’isolement. Nos organisations ont la volonté de les accompagner, de les aider à partir. Nous avons tous en tête ces mamans seules qui ont vécu enfermées, n’autorisant leurs enfants ni à sortir, ni même à aller sur le balcon.
Ce temps estival est essentiel pour souffler et recréer du lien social, découvrir de nouveaux espaces, réparer les corps et les esprits et se donner l’allant pour une nouvelle année qui ne manquera pas de difficultés. Dans ce contexte l’accès aux vacances ne doit pas constituer une inégalité sociale de plus.
Le gouvernement n’agit pas seul ; les politiques de soutien aux départs en vacances des CAF, des MSA, de l’ANCV, de certaines régions sont indispensables pour permettre la réalisation de cette ambition. Ces politiques devraient être renforcées. Or, l’une d’entre elle, celle de l’ANCV est menacée.

L’ANCV, établissement public à caractère industriel et commercial, administré de façon paritaire sous la tutelle du gouvernement, depuis sa création en 1982, outre la diffusion du chèque-vacances (4,6 millions de bénéficiaires directs et 10 millions quand on inclut les membres de leurs familles), met en oeuvre une politique sociale des vacances en faveur de tous les publics qui en sont exclus (280 000 bénéficiaires en 2018, familles, adultes, jeunes, seniors soit 93€ par personne pour un montant annuel de plus de 26 millions d’Euros).

Il est indispensable que l’Agence ait les moyens de poursuivre le développement de sa politique sociale. Lorsque le Chèque Vacances se développe auprès de tous les salariés, du secteur privé et du secteur public, la politique sociale peut être encore plus ambitieuse. C’est le mécanisme vertueux que porte l’ANCV; il est essentiel et il est le fruit du monopole dont elle dispose. C’est ce monopole qui est aujourd’hui mis en cause par des acteurs du secteur lucratif !
La solidarité au travers de la politique sociale de l’ANCV est financée par la commission versée à l’émission et au remboursement des chèques vacances. Le taux actuel de 3,5% (1%+2,5%) le permet.

Ce taux reste acceptable pour tous les acteurs et il est en tous cas inférieur aux taux pratiqués par les autres “chèques” actuellement sur le marché qui frôlent parfois les 10%. De plus, 50% de cette commission alimente la politique sociale et ce avec une grande pérennité. Cette garantie est essentielle.

L’engagement de l’Etat, par un soutien à la personne, en complément des aides existantes, est indispensable, d’autant plus que l’ambition affichée concerne aussi le développement des départs des enfants et adolescents en colonies de vacances.

D’un point de vue éducatif, il y a une complémentarité entre les vacances d’un enfant avec sa famille et en colonie de vacances. Celles-ci sont des lieux d’apprentissage sur les savoirs être, de savoirs non scolaires mais néanmoins indispensables à l’épanouissement des jeunes ainsi que des lieux qui permettent d’acquérir de l’autonomie, et des responsabilités (et ceci est particulièrement le cas de celles et ceux qui avec le BAFA deviennent des animateurs à partir de 17 ans).

Notre courrier concerne donc tous les publics, toutes les formes de vacances. Nous voulons que tous puissent avoir accès à des vacances de qualité avec une alimentation de qualité, la découverte de nos territoires, le plaisir d’une pratique sportive, culturelle.

Nous appelons donc à votre responsabilité pour :
● Renforcer les dispositions fiscales et sociales pour que toutes les entreprises des secteurs privé et public puissent faire bénéficier des Chèques Vacances à tous les salariés et particulièrement ceux avec les plus bas revenus.
● Solliciter la CNAF, la CCMSA, les Caisses de retraites pour le renforcement de leurs politiques d’Action Sociale sur tout le territoire en Métropole et dans les Outres Mers.
● Valoriser le rôle de l’accompagnement quelle que soit sa forme avant le départ et sur les lieux de séjours, pour permettre l’accès aux vacances de celles et ceux qui en sont éloignés, pour des raisons économiques toujours, pour des raisons sociales trop souvent.
● Mettre en oeuvre une intervention financière sur le budget de l’Etat.
● Garantir, au travers de son monopole, la sauvegarde et le développement de cet outil de solidarité qu’est l’Agence Nationale pour les Chèques Vacances.

La loi de lutte contre les exclusions date de 1998. Son article 140, indique l’objectif national de l’égal accès de tous, tout au long de la vie, à la culture, à la pratique sportive, aux vacances et aux loisirs. Il inspire toujours nos actions et 3ème alinéa reste d’une grande actualité : « L’Etat, les collectivités territoriales, les organismes de protection sociale, les entreprises et les associations contribuent à la réalisation de cet objectif ».

Nous savons pouvoir compter sur votre écoute et sommes à votre disposition pour travailler sur ces sujets avec tous les acteurs qui souhaitent concourir à cet objectif national.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’assurance de notre respectueuse considération.

Didier LABOUCHE, Laurent Lanier Co président Directeur Général Fédération Nationale Accueil Paysan AEC Vacances Daniel BRICKS Claudie Miller Président Présidente Destination Partage Fédération des Centres Sociaux de France Jean-Claude BRODU Alain Villez Président Président La Pacifique Les Petits Frères des Pauvres Véronique FAYET Serge MAGNA Présidente Président Secours Catholique Caritas France Ternélia Dominique MACAIRE Patrick KANNER Président Président Vacances et Familles Vacances Ouvertes

 

Déconfinement

Ensemble construisons un grand Plan Vacances pour chacun(e)

Alors que la stratégie gouvernementale de déconfinement commence à préciser les conditions sanitaires à respecter, le Collectif « Vacances, Ensemble faisons vivre la solidarité », qui accompagne les « oublié.e.s des vacances », veut attirer l’attention de la représentation nationale: les « assigné.e.s / les confiné.e.s à résidence », les plus précaires, les invisibles de la société française, parviendront-ils enfin à faire entendre leurs voix, à bénéficier, eux aux aussi, des instants de répits et de bonheur que procurent les vacances ?

On sait que le confinement n’est pas vécu de la même façon selon le niveau de revenus, qu’il jette une lumière crue sur les inégalités les plus brutales de notre société, à commencer par celle du logement. Ceux pour qui le confinement est le plus difficile, les classes populaires et moyennes qui vivent dans des logements exigus, dans les périphéries des grandes villes. On devine la double peine à venir : après avoir été confiné dans de mauvaises conditions, continuer à travailler parce qu’on est caissier.e, éboueur.se, aide-soignant.e, livreur.se, chauffeur.se, ou sans emploi à la recherche de moyens de subsistance, et ne pas avoir de marges économiques suffisantes pour partir en vacances et permettre à sa famille de partir.

Comme le dit un représentant de l’association nationale des DRH sur France Inter, « sans vacances le corps social serait en septembre épuisé », et ce corps social, dans son hétérogénéité, comporte ceux qui, quoi qu’il advienne, auront des solutions de départ (famille, résidence secondaire, hôtels …) mais aussi des précaires qui espèrent eux aussi pouvoir partir, sans disposer d’un réseau.

Face à cette question de l’accès aux vacances, force est de constater que les problématiques de soutien et de relance des secteurs du tourisme et de la culture n’envisagent que le point de vue de l’offre, jamais celui de la demande et de l’accompagnement.

Penser demande : inventer un plan-vacances pour une meilleure cohésion sociale !

Et si la relance cet été passait par un plan-vacances pour les travailleurs et employés en première ligne ce printemps face à la pandémie, pour les familles, les séniors, les jeunes qui connaissent la précarité, qui ont très douloureusement vécu ce confinement et qui vont en sortir avec beaucoup d’angoisses pour l’avenir.

Les dispositifs existants : ceux des CAF, de la MSA, de l’ANCV, des régions, et de l’ensemble des collectivités territoriales doivent être impérativement maintenus et même développés : les ressources disponibles des plus précaires pour participer aux coûts du départ en vacances vont en effet être inférieures en 2020. Ensemble nous devons y veiller.

Cette intervention directe de l’Etat est nécessaire pour renforcer, déjà cette année, ces dispositifs. Elle doit viser celles et ceux qui vivent dans la pauvreté (bénéficiaires des minimas sociaux) mais aussi toutes les personnes, familles avec un Quotient Familial inférieur à 900€. Une aide « complémentaire » de 100€ par personne contribuerait significativement à la mise en œuvre du départ.

Poursuivre durablement la dynamique de soutien par la construction d’un plan épargne vacances volontaire alimenté par les salariés et les employeurs, liés à l’épargne solidaire et de développement durable (3e pilier social). 10 % des revenus de l’épargne collectée servirait de base pour un abondement de même valeur par l’État, et permettrait ainsi de constituer un fond national dédié aux personnes ayant un QF inférieur à 900 €.

Le collectif, « Vacances, Ensemble faisons vivre la solidarité.

Les Vacances, vecteur de cohésion sociale et de développement économique

 

Aujourd’hui près d’un Français sur deux ne part pas en vacances,

et 3 millions d’enfants en sont exclus !

Le collectif « Vacances, ensemble faisons vivre la solidarité ! » s’appuie sur la loi de 1998 de lutte contre les exclusions afin de rendre effectif le droit aux vacances pour tous.

Composé de structures de l’accompagnement social et d’hébergeurs du tourisme solidaire, les membres du collectif se rassemblent depuis 20 ans autour d’une charte. Ils se mobilisent pour que l’Etat, les décideurs, les médias, la société dans son ensemble, prennent concrètement conscience de l’intérêt à investir massivement en faveur du droit aux vacances pour toutes les populations qui ont sont éloignées en s’impliquant dans la mise en œuvre de ce droit sur l’ensemble du territoire. L’effectivité du droit aux vacances pour tous et toutes est un enjeu majeur, tant au plan social qu’économique.

« Partir en vacances au sein des populations précarisées est un marqueur social fort, un signe envoyé à l’entourage, qui indique la dignité retrouvée, le sentiment d’être « comme tout le monde », le passage de l’univers des « assignés à résidence » à celui des « classes mobiles ». C’est un acte qui prouve un savoir-faire, une capacité à entreprendre, une forme d’émancipation.

Ce combat pour la cohésion sociale de notre société toute entière est un combat qui s’appuie sur un appareil législatif. Le droit aux « vacances » est reconnu aussi bien dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme que dans la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. En France, l’article 140 de la loi n° 98-657 du 29 juillet 1998 d’orientation, relative à la lutte contre les exclusions, stipule : « L’égal accès de tous, tout au long de la vie, à la culture, à la pratique sportive, aux vacances et aux loisirs, constitue un objectif national. Il permet de garantir l’exercice effectif de la citoyenneté. » 

22-23-24 mai

Les 10e rendez-vous de l'UNAT Le programme est consultable sur le site de l'Unat : https://www.unat.asso.fr/sites/unat.asso.fr/files/programme_10e_rdv_unat.pdf

1er avril

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